Dominique Bertram

Bassistes, musiciens, luthiers ......
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JAYSEE99
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Message par JAYSEE99 » 13 mai 2006, 17:50

Yes, un grand Maître ce Dominique!!! :D
Merci!!! 8)
Que la basse ne soit plus un instrument...mais une musique dans votre coeur
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Bruno Chaza
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Message par Bruno Chaza » 16 mai 2006, 23:31

Un plaisir de partager avec Dominique Bertram
....Voilà l'échange de ce moment passé avec Dominique.
Bruno Chaza


Actualité
Ø Bonjour Dominique, pourrais-tu nous parler de ton actualité et de tes projets ?
Bonjour à tous et merci, amis bassistes et néanmoins musiciens, de me recevoir dans vos colonnes ! Mon actualité, c’est d’abord la tournée de Liane Foly, que nous avons commencée en Avril 2005 par l’enregistrement d’un album live au Casino de Paris. Liane est une amie de longue date et cette tournée est un pur bonheur musical et humain car nous sommes en … famille ! avec Jean-Yves et Pierre D’Angelo au piano et au sax, Hervé Brault à la guitare, Loïc Ponthieux à la batterie. Le spectacle est en deux parties dont une partie acoustique, où je joue de la contrebasse, et une partie plus électrique. J’ai aussi l’immense chance, parallèlement à cette tournée, d’accompagner Nicole Croisille dans son nouveau spectacle « Nougaro, le Jazz et moi ». Basé sur les chansons de Claude Nougaro, nous ne jouons pas moins de quatorze medley, arrangés par Aldo Franck au piano, aidé de Marc Chantereau à la batterie et aux percussions. Un merveilleux moment récemment « immortalisé » par un album live auquel participent André Ceccarelli, Marc Berthoumieux, Didier Lockwood, les frères Belmondo, Richard Galliano et quelques autres que l’immense talent de Nicole ne laisse pas indifférents…
D’autre part, je participe aussi à l’enregistrement d’albums de jeunes artistes et amis, auteurs compositeurs interprètes, comme Thierry Chazelles, Lili Cros ou Philippe Ferie, qui ont toute ma confiance mais hélas pas encore celle des médias, ridiculement auto formatés.

Ø Avec le recul sur ton parcours quels ont été les musiciens qui t’ont réellement influencé, ceux que tu aurais aimé rencontrer ?
J’ai commencé la musique directement par la basse, en Mai 68, ça ne s’invente pas ! Mon frère, déjà guitariste, m’ayant initié, mes véritables professeurs ont été Duck Dunn, bassiste d’Otis Redding dont je relevais toutes les parties de basse, et Jack Bruce, bassiste de Cream. À cette époque, l’émulation entre musiciens français et étrangers était très forte et j’ai assisté à beaucoup de concerts, marquant les débuts du jazz rock... Le niveau technique hallucinant des Américains nous motivait tout particulièrement et je rentrais toujours de ces concerts avec du pain sur la planche. Merci à Stanley, Anthony Jackson, Paul Jackson et bien d’autres. Je suis, par la suite, devenu réellement fan de jazz rock avec Soft Machine, Miles Davis, Chick Coréa, Herbie Hancock, John Mac Laughlin, Weather Report et suis tout naturellement rentré dans l’univers des groupes français jouant cette musique comme Zao, Yochk’o Seffer, Neffesh Music ou plus tard Magma. Je suis, depuis lors, très intéressé par le jazz français, que je trouve en ce moment particulièrement créatif, avec les quelques noms déjà cités plus haut, plus des gens comme Khalil Chahine avec qui je joue de temps en temps, Sylvain Luc, Jean-Marie Ecay, Etienne Mbappé, Antoine Hervé, Louis Winsberg. Globalement, je trouve le jazz français beaucoup moins formaté et donc… Cocorico !! Dans le milieu des années 70, l’arrivée de Jaco Pastorius au sein de Weather Report a été un grand choc, au point de défretter moi-même ma première Jazz Bass avec un tournevis !!. Dès le lendemain, je faisais la connaissance de Nicolas Petitbon, devenu depuis une grande figure de la lutherie française !.(Nicolas fabriquera en 1978 ma première basse 6 cordes que j’utilise dans Magma à Bobino)

Le matériel, la lutherie

Ø Quels instruments utilises-tu ? As-tu une basse de prédilection ou est-ce que tu adoptes plusieurs instruments suivant les styles et les fonctions ?
Côté matériel, je n’ai jamais été un collectionneur et après quelques années d’errance et d’endorsements divers, je me suis rendu compte que ma basse préférée était la Jazz Bass Fender. J’en ai trois, une frettée et une frettless 4 cordes de 1972, et une cinq cordes frettée de 1997, toutes trois passives, montées en Bartolini et Seymour Duncan. J’utilise aussi une Neuser 5 cordes mapple neck active qui sonne vraiment bien et qui est très… légère! J’ai aussi une Takamine B10 frettless, une Godin frettless et une Yamaha Motion montée en picolo, plus une vielle contrebasse française. Généralement, je travaille sur scène avec ma Neuser active branchée sur un préampli TLAudio 5051, plus la Takamine ou la contrebasse. En studio, j’utilise en plus mes Fender, tout cela selon les styles évidemment.

Le passé musical, l’évolution
Ø Ton passé musical en tant qu’étudiant vient de quel courant : Jazz, classique, autodidacte ?
Côté études musicales, je suis autodidacte comme beaucoup de bassistes de ma génération. Les écoles de musique où l’on pouvait apprendre la basse électrique dans les années 70 étaient rares, voir inexistantes. L’apprentissage de la lecture a toujours été assez fastidieux pour moi et disons qu’avec le métier, je me débrouille plutôt bien. Techniquement, j’ai beaucoup travaillé les gammes et les modes et j’ai, de ce fait, une main gauche assez véloce (qu’hélas et c’est là qu’est l’os, ma main droite aurait tendance à ralentir !). Pour la main droite, j’ai aussi travaillé le médiator ( je joue un peu de guitare ) et bien sûr aussi le slap, bien que je n’en abuse pas.

Ø Est-ce que la basse est pour toi l’instrument dédié au groove ou es-tu de ceux qui aiment prendre les chorus et le jeu en accords ?
Ma façon de jouer ou de créer des lignes de basse est essentiellement basée sur le groove, disons la tournerie générale sur laquelle je rajoute des enrichissements harmoniques. Il faut savoir gérer le tempo, le groove (l’articulation), la dynamique (les nuances ) et la longueur des notes.

Ø Quels conseils donnerais-tu aux étudiants qui te lisent ?
J’ai beaucoup travaillé avec des boîtes à rythme au début des années 80 et quand on arrive à groover sur ces machines, on a en général plus de problème de tempo ni de mise en place. C’est un travail que je conseille vivement. Le principe, une fois la mise en place acquise, est de toujours aller plus loin en terme d’articulation et de dynamique. C’est comme cela que l’on découvre son propre groove. J’attache aussi beaucoup d’importance au travail du corps dans le poids d’une note. Difficile de groover si ça ne vous donne pas envie ou si vous ne vous forcez pas à bouger ! Un certain investissement physique est nécessaire pour donner du poids aux inflexions.
Pour moi, le secret d’une partie de basse réussie est qu’elle se suffise en elle même, au niveau rythmique et surtout mélodique. Elle doit posséder sa propre logique et je dois pouvoir la « chanter ».

Ø Quelles ont été les marches de ton évolution, ce qui t’a réellement permis d’avancer, certains musiciens, un livre d’étude particulier, la compréhension d’un standard, un déclic personnel, une façon particulière de travailler, etc… ?
Mon évolution musicale passe évidemment par le Jazz, que je joue dans différentes formations, avec des gens comme mes amis Thierry Chauvet, Khalil Chanine, Franck Montbaylet, Frédéric Kakon et bien d’autres selon mes disponibilités. Je joue souvent dans un club à Paris, le Baiser Salé qui est mon centre d ‘essai en vol depuis le début des années 80. L’endroit où je prends le plus de risques pour dépasser une certaine routine. J’adore prendre des solos sur des standards de jazz et j’essaye qu’ils soient le plus juste harmoniquement, le plus sensibles et expressifs possible. Adrénaline quand tu nous tiens ! C’est un travail de longue haleine, et je me sens tout petit devant une immense montagne, mais je ne pourrais m’en passer car j’en ressens réellement le besoin.

Ø Dans quelle configuration es-tu le plus à l’aise : trio, quartet, studio ? Y-a-t-il, selon toi, une formule qui fait passer le mieux ce que tu as à dire ou est-ce suivant l’humeur ?
J’aime toutes les formules, mais le quartet est ma préférée. Le plus dur étant le trio sans piano ou guitare, Sax basse, batterie par exemple … J’ai déjà donné. Passionnant mais assez stressant !

Ø As-tu un tempo, ton tempo privilégié, lequel ? Quelles sont les tonalités que tu apprécies et dans lesquelles tu navigues en lieu sûr ?
J’affectionne tout particulièrement les tempi « groove » binaires ternaires autour de 92 à 100 à la noire, et je n’ai pas de tonalité préférée, bien que les tonalités « guitaristiques » soient plus faciles à jouer.

Ø Sur quel album aimerais-tu que l’on t’écoute ? Demain, je veux acheter un Cd où tu joues, qu’est-ce que tu me conseilles ?
J’ai deux albums qui représentent assez bien ma façon de penser et de jouer la basse. Tous deux d’ailleurs avec Manu Katche à la batterie.
Le concert de Michel Jonasz au Palais des sports (1985) et Véronique Sanson Olympia 89 Je remercie chaleureusement ces deux artistes de nous avoir laissé la bride sur le cou. Comme par hasard, on m’en parle encore très souvent. J’en suis pour ma part assez fier…

Ø Quelles ont été les grandes récompenses de ton parcours de musicien, ce dont tu es le plus fier ?
La grande récompense de mon parcours de musicien est de toujours être là, de travailler et de continuer à évoluer. Aujourd’hui, j’ai une vision un peu plus « mystique » dans le sens où notre façon de jouer représente ce que nous sommes humainement parlant, notre sensibilité. Je ne travaille plus que dans ce sens. La profondeur de cet art est incommensurable.

Ø Si demain une fée se penchait sur ton berceau, et te donnait la possibilité de jouer avec des musiciens contemporains ou non, avec quelle équipe de rêve aimerais-tu te retrouver ?
Si une fée se penchait sur mon berceau, je lui demanderais de jouer avec Miles ou Sting … rien que ça. Gageons qu’il y aurait beaucoup de monde et que la file serait longue !!

Ø La musique rime souvent avec déplacements, rencontres, moments forts, que ce soit avec des personnalités musicales ou extra-musicales, qu’est ce qui t’a marqué le plus, la découverte d’un pays, d’une culture, d’une personnalité, d’une façon de penser ? Qu’est ce qui a dépassé le cadre de la musique et qui t’a enrichi ?
J’aime voyager et j’ai la chance de pouvoir découvrir le monde avec ma basse sur le dos. C’est mieux qu’une kalachnikov! La fraternité des musiciens est universelle et l’enrichissement permanent. J’ai déjà fait beaucoup de rencontres marquantes musicalement, des Gnawas du Maroc aux musiciens malgaches, de Christian Vander à Patrick Bruel en passant par Michel Jonasz. L’important, c’est aussi les rencontres à venir. La musique est là pour faire plaisir et se faire plaisir ! Elle m’aura appris à ne pas être sectaire ou routinier. Je l’en remercie.

La vie du musicien, les conseils
Ø Peux-tu nous décrire une semaine type de ta vie de musicien, cours, séances répétitions, composition, travail personnel ?
Il n’y a pas de semaine ou d’horaire type dans ma vie puisqu’il n’y a pas de routine. Je peux soit être en tournée, en studio, en répétition, en télé ou chez moi dans mon studio pour travailler la contrebasse ou la basse et composer. Je travaille l’improvisation avec la MAO et je connais Performer, Logic ou Protools. J’adore la réalisation, le mix et le son. A ce propos, nous allons bientôt, avec mes amis Franck Bedez, jeune bassiste très doué, et Philippe Sutter, électronicien de génie, commercialiser un accessoire pour basse électrique active et guitare électroacoustique, le ZAM. Une révolution dans le son avec une idée simple. Je ne peux plus m’en passer. A suivre, je vous donnerai bientôt des nouvelles.

Ø On sait tous que la gestion du quotidien prend énormément de temps sur l’instrument mais te reste-t-il du temps pour assouvir d’autres passions ?
Je suis passionné par la technologie et la science et, à part la lecture, notamment de magazines scientifiques, je m’intéresse depuis quelques années à l’ufologie …. à la suite d’une observation pour le moins troublante. C’est un univers passionnant, facile à découvrir grâce à un moteur de recherche en tapant par exemple ovni, CNRS, comme je l’ai fait ….. Surprenant !

Internet, crise du disque , prise de position
La crise du disque, l’individualisme des professionnels, le formatage des musiques, est-ce que tu penses que la pente est irréversible ou est-ce que tu entrevois des solutions ?
La crise du disque est surtout une crise des médias. La musique n’est valorisée qu’en terme d’audimat et les télévisions imposent un nivellement vers le bas qui se répercute dans les maisons de disques, elles même aux prises avec les avancées technologiques comme le téléchargement. Les chaînes et radios formatent leurs propres artistes et touchent sur tous les tableaux. Dans ces conditions, il y a moins de place pour la promotion d’auteurs compositeurs interprètes différents et originaux, d’où l’appauvrissement constaté. Il faut faire confiance au public qui, je l’espère, se lassera assez vite et en profiter pour aider à produire, en se faisant plaisir, ces artistes de qualité qui nous font défaut. Tout en soutenant les labels indépendants qui résistent courageusement. Internet est là maintenant pour assurer la diversité.

Ø Dans le même genre de question, penses-tu qu’Internet soit une ouverture de plus pour le musicien ou crois-tu, à l’inverse, que la toile va nous isoler encore plus ?
Je rêve, grâce à Internet, de pouvoir jouer de chez moi en direct avec des musiciens du monde entier. Je pense qu’on n’en est pas très loin et on brûlera moins de kérosène. Bien sûr, le plus dur sera de prendre l’apéro chacun de son côté ! Le groove mondial est pour bientôt !

Ø Sans rentrer dans un haut débat philosophique, penses-tu que le musicien a son mot à dire face aux cris d’alarme que la planète émet un peu partout, réchauffement, conflits, course à la productivité ? Ou penses-tu, au contraire, que le musicien doive rester dans sa bulle et ne pas pratiquer le mélange des genres ?
Comme Hendrix à Woodstock, les musiciens militent en général pour la paix dans le monde, le refus de la violence ou le respect de la planète. Je ne déroge pas à cette règle. Le monde musical est très consensuel sur ce sujet, et j’en suis ravi.

Haut les basses
Merci et amitiés à tous
Dominique Bertram - Bruno Chaza
Modifié en dernier par Bruno Chaza le 22 mai 2006, 10:09, modifié 2 fois.

khan
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Message par khan » 17 mai 2006, 00:41

Je rêve grâce à Internet de pouvoir jouer de chez moi en direct avec des musiciens du monde entier. Je pense qu’on en est pas très loin et on brûlera moins de kérosène. Bien sur, le plus dur sera de prendre l’apéro chacun de son côté ! Le groove mondial est pour bientôt

C'est tout à fait ce que je pense dommage pour l'apero evidemment,c'est marrant plus le type est connu plus il est simple et sage . :wink:

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xumun
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Message par xumun » 17 mai 2006, 09:44

Super ! dommage qu'il a pas plus développé son concept de "ZAM" car, je suis curieux de savoir qu'est ce que c'est ????
:wink:
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Message par Thob » 17 mai 2006, 10:57

héhé ce sera une surprise! :mrgreen:

Très chouette interview!! :D

madogs
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Message par madogs » 17 mai 2006, 11:07

MERCI, j'attends ce Zam avec curiosité....

je ne suis pas encore prêt pour la jamm planétaire mais par contre, je suis au point pour l'apéro...
"le talent c'est d'avoir envie de faire quelque chose, tout le restant, c'est de la sueur." Brel

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Message par Timon » 17 mai 2006, 11:18

Pareil :D

Interview très interressante, j'avais croisé son nom sur pas mal de pochettes de disques

JAYSEE99
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Message par JAYSEE99 » 17 mai 2006, 22:16

MERCI vraiment pour cette interview!!!
Dominique est un GRAND bassiste français!!
C'est un bohneur de le lire!!!
Merci!!! :D
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Message par plume » 19 mai 2006, 10:35

Cool cette interview de mister Bertram, merci Bruno :wink:
Aimer la musique, c'est se garantir un quart de son bonheur.
Jules Renard

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