Thierry Etienne Basses Luthman

Bassistes, musiciens, luthiers ......
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Bruno Chaza
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Thierry Etienne Basses Luthman

Message par Bruno Chaza » 04 sept. 2006, 13:44

Un plaisir de partager avec Thierry Etienne
....Voilà l'échange de ce moment passé avec le gérant des basses Luthman.
Bruno Chaza

Ø Peux-tu nous expliquer comment tu as commencé ton activité de luthier ?
Ça m’a pris il y a trois ans. Je discutais avec un ami avec qui je souhaitais monter quelque chose, une activité qui lierait l’amitié et notre passion commune : la musique, nous jouions ensemble depuis vingt ans mais par intermittence, lui guitariste et bassiste à ses heures et moi en tant que bassiste « officiel ».Nous venions de nous racheter chacun une basse pour se remettre un peu à jouer puis on s’est dit « Et si on créait notre propre ligne de basse mais pas comme celle que l’on trouve dans les magasins ?! ». Cette idée ne m’a pas quittée une minute depuis ce jour.

Ø La lutherie comme tout travail artisanal demande un savoir, comment t’es tu apprivoisé aux techniques spécifiques du métier, as tu suivi une école, travailler avec un maître artisan ou est tu autodidacte ?
Comme l’idée est venue sans vraiment réfléchir, j’ai commencé à acheter une vieille basse d’occasion pour la disséquer dans un premier temps, puis j’ai commencé à faire un corps avec une planche de bois achetée chez casto, j’ai même essayé un corps avec du pvc cellulaire, mais c’est beaucoup trop léger pour en faire un instrument équilibré, c’était juste pour me faire la main pour dégrossir ma « patte ». L’ami avec qui j’avais discuté du projet m’a finalement laissé tenter l’aventure seul mais comme il avait de sérieuses notions en électronique- il est également ingénieur du son- ; il m’a enseigné les bases. Ce qui m’a permit de me transformer non en luthier mais en concepteur. N’ayant malgré tout pas assez de « bouteille » pour être moi-même luthier, je me suis associé à une petite équipe de deux luthiers avec qui je travaille depuis un an maintenant et j’ose dire que l’association dépasse mes espérances les plus folles quand je vois les instruments que nous sortons ! Créer des basses, choisir les bois, les associer, trouver les micros et l’électronique qui « rendra », dessiner les courbes du corps, la forme de la tête, afficher mes dessins sur le mur de ma chambre avant la naissance de l’instrument me passionne véritablement !

Ø Peux tu nous expliquer le story board de la fabrication d’une basse, de la conception à la finition ?
Une fois que l’on a bien en tête le modèle à faire, on va commencer par choisir les bois pour le corps, la table, le manche. Après, il y a les opérations de re-séchage des bois en autoclave, la découpe des formes, tête et corps. L’assemblage des différentes tranches de bois pour le manche dans une « batterie » de serre-joints. Si le modèle est à faire avec une table (donc deux bois différents à coller ensemble) on les solidarise sous une presse avant de faire la première découpe. Ensuite, on passera au travail des formes où la « patte » entre véritablement en scène. On n’oubliera pas les défonces pour l’emplacement des micros et de la trappe électronique. Il sera ensuite temps de passer à la finition (huilée ou vernis) avant de placer micros, accastillage, électronique et cordes.

Ø En quoi les bois utilisés t’aident-ils dans la quête du son recherché ?
C’est tout un programme « alchimique », et chacun, je crois, aura sa recette de prédilection. On part souvent des bois « classiques » reconnus depuis longtemps pour leur qualités acoustiques, de façonnage ou de dureté pour les touches (acajou, érable, tilleul, frêne, aulne pour les corps, ébène et palissandre pour les touches,…) ; et puis chacun ajoutera à cette liste d’autres bois selon ses propres rencontres, expériences ou sensibilité auditive (ovangkol et bubinga par exemple en ce qui me concerne). Certains bois vont colorer le son ; d’autres quasiment pas, après on essayera de trouver la configuration micros qui se mariera le plus. Pour ma part, j’adore l’association des bois que nous utilisons avec l’amplification Bartolini, mais d’autres vont très bien aussi. Il y a l’oreille absolue, mais il y a aussi et surtout l’oreille de chacun et chacun voit midi à sa porte.

Quel regard as-tu sur les différentes écoles celles aux manches traversant, collés et vissés, qu’amènent justement ces trois conceptions différentes dans le rendu sonore fini de l’instrument ?
On dit souvent que la grande différence entre manche traversant et manche vissé réside dans le sustain ; le soutien de la note qui se prolongera davantage sur un manche traversant que sur un manche vissé ; c’est assez vrai. Le manche conduit la résonance et avec un manche traversant appelé aussi conducteur la vibration des cordes continuera son chemin sans « cassure »sur le profil du manche traversant à contrario du manche vissé. Cela dit, les manches vissés ont aussi un très bon sustain en général , après, ça dépend aussi de l’attaque du doigt sur les cordes, du matériel d’amplification ou des effets utilisés, des micros sur la basse, etc…Il y a aussi l’aspect esthétique non négligeable pour les amoureux de la beauté des courbes ! Un manche traversant, ça a quand même une autre gueule qu’un manche vissé ! Mais c’est plus de travail et donc…plus cher. Là encore, Chacun voit midi à sa porte.
Pour les manches collés, je n’ai pas d’expérience sur le sujet.

Ø Est ce que l’emplacement des micros influence la sonorité d’un instrument, peux tu nous en dire un peu plus là-dessus ?
Oui, si l’on joue sur une basse à deux micros, on s’apercevra tout de suite que la sonorité n’est pas la même avec le micro chevalet qu’avec le micro manche. Sur le micro chevalet, on aura un son plus précis, plus aigu; métallique avec moins de volume du fait de l’amplitude de la vibration de la corde qui est moins important vers le chevalet alors que du côté manche, là où l’on se rapproche de l’amplitude maximale- qui, à vide, est au niveau de la douzième fret- on aura un son plus grave, rond, un peu brouillon et plus de volume.

Ø Puisqu’on parle micro, peux tu nous éclairer sur les spécificités avantages et les inconvénients des micros à simple et à double bobinage ?
On peut dire que les micros simple bobinage ont un son plus clair et précis que les doubles qui se caractérisent par une sonorité plus ronde et plus puissante mais avec moins de définition.

Ø Quels sont tes projets futurs, vers quelles inventions ou innovations aimerais tu te tourner ?
Je n’envisage pas tout de suite une quatrième naissance car je suis arrivé à mon premier objectif qui était la création de trois familles de basses : les « wave », les « mystic » et les « fun » chronologiquement. Ces trois séries sont, je pense, suffisamment diverses pour séduire les bassistes et leurs exigences - en tout cas je l’espère !- autant par leur esthétique que par leur équipements micros et électroniques (la wave est équipée de deux simple bobinages jazz bass, la mystic de deux pavés double bobinage, et la fun d’un pavé MM). La customisation reste bien sûr possible.
J’ai quand même en tête un prochain projet qui est de faire un modèle signature. Mais pas avec un musicien ! Ce sera un peintre franco-argentin que j’apprécie beaucoup qui n’est pas encore très connu mais qui a pourtant un vrai talent dans l’art abstrait. Chaque modèle sera bien évidemment unique, le client bassiste pourra orienter l’artiste peintre sur un thème qui lui est cher et après, on laisse le talent et l’imaginaire de Roberto Mendez- c’est de lui qu’il s’agit- faire le reste. Je vais en tous les cas faire un premier modèle afin de parfaire les aspects techniques de peinture, vernis et aussi de…prix de revient car une œuvre originale sur la table de l’instrument, ça coûte un peu…
Le prototype sera fait sur une « fun » car je ne vois pas les waves (trop « brute de bois » d’aspect) ou les mystic (trop belles tel quel pour les envisager autrement) « recevoir » une peinture abstraite sur un fond de table claire.
J’ai deux autres véritables projets que l’on pourrait qualifier d’innovants mais je les garde dans un coin de ma tête pour l’instant.

Ø Explique nous quel serait à ton avis la basse idéale ?
La basse idéale pour moi serait une basse travaillée par des gens de passion, avec des bois d’aspect veineux sur la table afin de conférer à chaque basse un aspect unique que son possesseur gardera et regardera avec les yeux de l’amour, car chaque morceau de bois a ses propres veines jamais semblables à un autre morceau de bois. Un numérotage accentuerait ce côté rare assorti d’un petit gravage des initiales du possesseur sur le couvercle en bois du truss rod. Une palette de sonorités permettant de jouer tous les registres musicaux. Une basse que l’on peut assimiler à une sorte d’objet « alter ego », complice et sensuel. Un prix qui reste abordable pour tous, même si pour certains, il faudra économiser quelques mois pour l’avoir, mais un rêve restant accessible. En résumé, une basse faite par un luthier à un prix raisonnable (inférieur à 2000€ pour une quatre cordes). Je m’évertue à garder ce cap dans toutes nos créations LUTHMAN.

Ø De quel modèle, série, ou instrument es tu le plus fier ?
Avant la sortie de la « Fun », j’aurais dit la « Mystic ».Car, outre la forme que je trouve très classieuse -mais ça reste un avis perso- l’aspect esthétique du « mélange noir-orangé » du bubinga et de l’ébène de macassar est vraiment magnifique ; sans compter la sonorisation double pavé Bartolini qui achève définitivement l’œuvre ! Maintenant, je dirais la Mystic ET la Fun à égalité car la fun est vraiment sublime esthétiquement (là encore, cela n’engage que moi !) de face mais aussi de profil car le corps est en gros 50/50 avec la table (ovangkol et érable ondé naturel ou œil de peuplier).
J’ai cependant une tendresse particulière pour la « Wave » car c’est ma première création et elle sonne vraiment elle aussi !

Ø Quel rapport entretiens-tu avec les bassistes, endorses tu ? souhaiterais tu le faire ?
Mes rapports avec les bassistes sont essentiels car ils apportent toujours quelque chose dans une discussion, et au final, ce sont eux qui utiliseront nos créations. Je reste vraiment très à l’écoute de leurs feed back. Il y a aussi un côté fraternel que j’apprécie par-dessus tout.
J’ai commencé à endorser deux bassistes pour l’instant ; l’un s’appelle Guillaume Bacchi alias « Guyal », il joue dans le groupe normand de pop rock « Hébus » ; il a une Mystic 4 montée en Bartolini et on peut dire qu’il m’a suggéré deux, trois idées sur ce modèle. L’autre s’appelle Xavier Vincent alias « Vax » et joue dans le groupe stéphanois - allez les verts !- de ska et musique festive NSK. Il a aussi une Mystic mais en 5 cordes avec deux pavés Delano et un préampli Epro. J’en profite pour leur passer un petit coucou chaleureux à eux deux !
Je suis donc tout à fait ouvert à l’endorsement mais je compte aussi beaucoup sur tous les « luthmanistes » pour faire connaître autour d’eux leur complice de scène, de répèt ou de boeuf entre potes !

Ø Avec qui aimerais-tu travailler ?
Je n’ai pas de préférence particulière, ce qui m’intéresse, c’est de faire un heureux quand je livre une basse quel que soit son niveau. Voir les yeux du bassiste s’éclairer quand il ouvre le flight case pour voir SA basse, voir ses gestes délicats quand il la prend , ses mains légèrement tremblantes ( ils ne sont pas tous comme ça, mais j’en ai vu !) me procurent un réel plaisir et un sentiment du travail accompli. Maintenant si je devais dire dans quelles mains célèbres j’aimerais voir une Luthman, je dirais Chris Wolstenholme, le bassiste de Muse pour deux raisons :
- la première, c’est que j’aime énormément la musique de ce groupe, les lignes de basse et la qualité de son jeu
- la deuxième c’est que j’ai lu récemment un interview de C. Wolstenholme qui déclare très honnêtement qu’il ne se sent pas l’âme d’un « endorsé » car il pense –à juste titre- que beaucoup de basses peuvent être excellentes et il ne se voit pas vanter les mérites d’une seule basse en disant « celle-ci est la meilleure ». Cela veut dire que son choix d’instrument est vraiment une démarche personnelle et « libre ». Donc rien que pour cet état d’esprit, oui, j’aimerais qu’il joue avec une basse Luthman.

Ø Joues tu d’un instrument, peux tu nous en dire plus sur ce sujet ?
Je joue de la basse depuis l’âge de 15 ans (j’en ai 41) mais très modestement car je suis très dilettant, je n’ai quasiment pas joué de 25 à 35 ans. Je joue aussi de la batterie mais là encore, dilettant et autodidacte.

Ø Puisqu’on parle aussi de musique et de musicien, quels sont ceux que tu écoutes, et quel Cd tourne régulièrement sur ta platine ?
Depuis deux ans, c’est Muse en priorité qui est sur ma platine. Dans les années 90, j’étais très Massive Attack et dans les années 80 The Cure avec les trois albums du début des années 80 qu’étaient « seventeen seconds » « faith » et « pornography ».
Sinon, j’écoute toujours des groupes comme Joy division, cocteau twins, simple minds. En artiste français, je dirais dans l’ordre chronologique et affectif Brassens, Gainsbourg et Matthieu Chédid.

Ø Face aux productions bon marché qu’aurais-tu à dire aux bassistes qui souhaitent investir dans un instrument ?
Je pense que c’est comme pour tout produit que ce soit une télévision, un ordinateur ou un vêtement; il y aura toujours des acheteurs qui préfèreront acheter au prix bas pour des raisons diverses ( budget limité, choix délibéré du prix bas pour se dire « j’ai fait une affaire », investissement de qualité non nécessaire au regard du peu d’utilisation du produit, etc…) et il y aura toujours des acheteurs qui penseront avant tout « qualité » (pour des raisons de fiabilité, de plaisir d’avoir un produit « top », mais aussi parce qu’ils ont l’argent pour). Le marché de la basse n’échappe pas à cette règle. Cependant, il faut quand même penser que l’acquisition d’une basse est généralement liée au « plaisir ». Plaisir de jouer seul ou de partager sa musique et son énergie avec d’autres, que l’on soit amateur ou professionnel ; mais plaisir avant tout. Je dirais donc à tous les bassistes « faites vous plaisir . Faites l’effort d’investir dans un instrument qui a été conçu par des gens passionnés qui raisonnent en plaisir du travail bien fait et non en chiffre d’affaire réalisé. » ( même si nous avons besoin d’un peu de chiffre d’affaires nous aussi pour vivre notre passion !).

Ø Qu’aurais-tu à dire à celles et ceux qui voudraient devenir luthier aujourd’hui ?Ø
Si la vraie passion est là, foncez ! Echec ou succès à l’arrivée, c’est une vraie expérience enrichissante.

Ø Travailles tu seul ou en équipe ?
Notre équipe est composée de trois personnes ( deux luthiers et un concepteur-bibi -)

Ø As-tu des choses à ajouter ou un message à faire passer ?
Un grand merci à tous les bassistes que j’ai croisé jusqu’à présent, spécialement à GUYAL et VAX. Je pense aussi à Jean-Louis Foiret et Philippe Brisset pour leur gentillesse. Un grand merci à toi aussi bien sûr et à tous mes proches qui croient en mon projet. Dernier message pour tous les bassistes « faites vous plaisir ! Jouez sur une basse « made in lutherie « !»

Thierry Etienne - Bruno Chaza

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xumun
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Message par xumun » 04 sept. 2006, 23:53

ouais :?

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Message par madogs » 05 sept. 2006, 07:37

disont que l'on sent la passion...

Est-ce que quelqu'un a déjà essayé ses basses ?
"le talent c'est d'avoir envie de faire quelque chose, tout le restant, c'est de la sueur." Brel

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Message par khan » 05 sept. 2006, 11:45

Interessant j'irais jeter un oeil et une oreille au salon :wink:

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Mr.LeBelge
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Message par Mr.LeBelge » 06 sept. 2006, 23:53

perso j'ai testé et j'suis tombé fou de la mystik

:gratt:

va vraiment falloir que je trouve du temps pour penser allah customisation...
y a 2./3 trucs que j'aimerais améliorer....

(pourvu que je trouve le temps d'aller au salon....)

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Philippe B
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Message par Philippe B » 12 sept. 2006, 17:59

perso la MYSTIC :D
Philippe B

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