Franck Picci

Bassistes, musiciens, luthiers ......
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Bruno Chaza
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Franck Picci

Message par Bruno Chaza » 01 déc. 2005, 09:57

Un plaisir de partager avec Franck Picci
....Voilà l'échange de ce moment passé avec Franck
Bruno Chaza

Actualité
Bonjour Franck, pourrais-tu nous parler de ton actualité et de tes projets ?
Bonjour à l’équipe Basse Tension et à nos amis lecteurs du forum. J’ai enregistré cet été deux albums avec des formations suisses en tant que bassiste (6 cordes fretless), mais aussi arrangeur et percussionniste (Udu, ambiances). Le 1er est « Rue Nocturne » du groupe Jael qui vient de sortir chez Disques Office distribué pour l’instant en Suisse mais trouvable sur le net (c’est une fusion lyrique -jazz -urbain), le 2e est un disque de chanson française « Des Amours » (influence Gainsbourg, Nougaro) du chanteur Pascal MG, sortie prévue début 2006. Plusieurs tournées helvétiques depuis Janvier 2005 avec ces deux projets.
Je compose actuellement mon prochain album qui sera sûrement coloré par des cordes,
des percussions indiennes genre tablas ou gatham, une voix « lyrique –jazz » et ma fretless.

Est-ce que tu écoutes encore maintenant des musiciens qui te donnent de l’énergie et de la force, peux-tu nous en parler ?
Il y a des groupes ou des albums qui me donnent l’impression de ne jamais prendre une ride et qui me bouleversent toujours autant, je pense à Weather Report qui a rassemblé trois de mes musiciens -compositeurs favoris (l’incontournable Jaco Pastorius, le génial Joe Zawinul et l’inégalable Wayne Shorter), Serge Gainsbourg depuis l’enfance (« L’homme à tête de chou » et « Histoire de Mélodie Nelson »), j’écoute également Steve Coleman depuis 15 ans sans jamais me lasser, les vieux James Brown, Meshell Ndegeocello, Joni Mitchell… Finalement les musiciens qui m’intéressent le plus sont ceux reconnaissables dès la première note, qui ont leur propre langage, un son unique et une soif d’innover. Mais quand je suis dans des périodes de créations, je n’écoute plus d’autres musiques.

Le matériel, la lutherie
Quel instrument utilises-tu ?
As-tu ta basse de prédilection ou est-ce que tu adoptes plusieurs instruments suivant les styles et les fonctions ?[/b]
J’utilise principalement deux basses d’un luthier toulousain (FM bass), une 5 cordes frettées, c’est ma basse tout terrain avec laquelle j’ai joué énormément de styles, parfois au pied levé : funk, latin, jazz, reggae, rock, chanson, théâtre musical, fusion… Mais depuis quelques temps je me spécialise dans la 6 cordes fretless, j’aime pouvoir à la fois accompagner dans de bons graves et jouer des thèmes, des accords ou des impros lyriques dans les aigues chantants. En plus d’adorer le son, j’apprécie de pouvoir vraiment travailler chaque note. Ce sont deux basses uniques avec manches conducteurs, micros passifs Bartolini.

Le passé musical, l’évolution
Ton passé musical en tant qu’étudiant est-il uniquement Jazz ?
J’ai commencé la basse en autodidacte à 17 ans en reprenant du blues, du funk.
A 20 ans, j’ai eu la chance de faire le cursus pro au CMCN (devenu le MAI à Nancy),
pouvant y travailler les styles que l’on veut, croiser des fous de Coltrane aux clones de Steve Vai dans la même école est une expérience inoubliable. J’ai aimé étudier le funk pour le groove, le jazz pour l’improvisation et l’harmonie pour la compréhension, la composition. Je ne me suis jamais vraiment senti jazzman et ne cherche pas à l’être. J’aime m’imprégner de toutes les saveurs du monde, il a des richesses partout mais il est vrai que l’étude de l’harmonie jazz est un bon passeport pour accéder à d’autres musiques venues d’ailleurs.

As-tu l’impression de t’être approprié des clés dans ton parcours, une façon particulière de traiter une cadence ou un accord, bref comment et par quel moyen la technique a laissé le pas à la liberté dans ton jeu ?
J’aime découvrir tous les jours de nouvelles façons de traiter une cadence ou un accord, cela dépend du contexte musical qui impose soit une certaine sobriété soit une liberté totale d’exploration mais j’essaie toujours de servir la musique. J’ai toujours comparé la technique à l’étude des langues, plus on connaît de mots et de verbes, mieux on pourra s’exprimer justement et faire passer réellement ce que l’on ressent, mais ça ne remplace pas les sentiments ou le « feeling ». La technique aide à se délier de certaines contraintes et permet certainement, après quelques obstacles, de se sentir plus libre. Il me semble par contre important d’essayer d’avoir son propre langage et ne pas tomber dans de trop faciles citations ou abus de plans « à la Pasto, Marcus, Parker... » Quand je me retrouve en situation de jeu, j’essaie de ranger au placard toute la théorie et me laisse uniquement guider par mes émotions, les sensations que peuvent me procurer les musiciens avec qui je joue et le public.

Quelles ont été les clés de ton évolution, ce qui t’a réellement permis d’avancer, les musiciens, un livre d’étude particulier, la compréhension d’un standard, un déclic personnel, une façon particulière de travailler etc… ?
Il y a eu plusieurs étapes déterminantes dans ma vie de musicien. D’abord un ami (Lionel Rambeau) qui m’a donné goût à la pratique de la musique et à la basse. J’ai, pas longtemps après, pris mes premières « grandes claques » en écoutant Steve Vai ou Stuart Hamm puis la découverte du jazz et de la fusion, avec Sixun et Miles Davis qui m’ont donné envie d’explorer cette voie. Ensuite l’école de Nancy où j’ai pu rencontrer et prendre des cours avec des bassistes incroyables comme Alfonso Johnson, Chuck Rainey, Benoît Vanderstraeten ou Jean Biselo, découvrir la musique de Weather Report, Steve Coleman, The Meters... Puis une rencontre professionnelle avec un batteur extraordinaire (Marc Zerguine) qui m’a vraiment éclairé sur les notions de tempo et de « fond du temps ». J’ai, depuis quelques années, essayé de pousser le bouchon, aussi bien (et entres autres) le rythme de Steve Coleman que l’harmonie de Wayne Shorter. La compréhension et l’utilisation des modes dans l’accompagnement et l’improvisation ont été plus qu’un élément déclencheur. J’aime travailler comme un batteur qui décompose tout parfois très lentement, et aussi comme un sax cherchant des envolées lyriques.

Quelles sont les affinités propres à ton jeu, trio, quartet, y-a t’il selon toi une formule qui fait passer le mieux ce que tu as à dire ou est ce suivant l’humeur ?
Quand je joue avec ma propre formation, le plus souvent on est quatre sur scène avec Alain Debiossat ou Christophe Alary au sax soprano, Jean-Marie Averseng au piano/rhodes, Jeff Ludovicus ou Sylvain Paret à la batterie et votre serviteur à la basse. Sur mon premier disque j’ai invité également un trio à cordes, la chanteuse Alice Berrebi et Joel Netry aux percus. Je crois que j’adore vraiment tous styles de formations, j’ai pu me retrouver en duo à deux basses ou basse -chant jusqu’à de grandes formations latines, funk ou big band avec toujours la même passion, quand la musique sonne bien entendue.

Dans le même style de question as-tu un tempo, ton tempo, lequel ? Qu’elles sont les tonalités que tu apprécies et dans lesquelles tu navigues en liberté ?
Tout est bon à prendre, j’aime tous les tempos et toutes les tonalités tant que les vibrations sont présentes. Avec un batteur par exemple, j’ai besoins de jouer avec des musiciens (et là vous me dites : les batteurs sont-ils des musiciens ? lol !) qui ont les mêmes notions de groove que moi, je ne peux pas prendre de plaisir avec des personnes qui jouent trop devant le temps sauf dans certains styles (le bop ou l’afro-cubain par exemple).

Sur quel album aimerais-tu que l’on t’écoute ? demain je veux acheter un Cd où tu joues, qu’est ce que tu me conseilles ?
Le prochain ! En attendant, vous pouvez découvrir ma musique et mon jeu sur mon premier
album « Strings » sorti chez Cristal Records en 2004, en vente dans les fnac, virgin ou internet sur critalprod, alapage …

Considères-tu la basse comme l’instrument du groove ou es-tu de ceux qui aiment aussi la liberté en solo et en accords ?
Le groove est un sentiment qui n’est pas réservé aux bassistes, il suffit d’écouter Maceo Parker au sax ou Bojan Z. au piano. C’est primordial pour tous les musiciens et j’aimerais pouvoir conseiller à tous de travailler des lignes de basses de James Brown que ce soit à la flûte, au violon ou au chant. Il me semble évident qu’un bassiste doit avant tout groover, avoir un tempo intérieur et savoir écouter les autres. Mais j’aime aussi la mélodie, l’harmonie et l’improvisation. La basse, comme tout instrument, peut aussi servir de moyen d’expression jazz ou lyrique, Jaco Pastorius a ouvert la voie il y a 30 ans en mettant la barre on ne peut plus haut, mais il est également considéré comme l’un des meilleurs groovers de tous les temps.

Deux basses dans un orchestre comme Coltrane l’a expérimenté, tu penses que ça peut orienter la musique vers quelle direction ?
Je considère la basse comme un instrument à part entière au service du musicien qui l’utilise. Si les deux (ou plusieurs) bassistes s’entendent bien et sont à l’écoute, alors la musique ne peut que sonner. Pour ma part j’ai adoré jouer à deux basses en première partie d’Alain Caron, jouer piccolo dans un groupe avec un autre bassiste ou jouer fretless avec un contrebassiste.

La vie du musicien, les conseils
Peux-tu nous décrire une semaine type de ta vie de musicien, cours, séances, répétitions, travail personnel ?
Les semaines se suivent et ne se ressemblent pas, heureusement.
J’ai eu par exemple ces derniers mois :
- des semaines chargées de répétitions, quelques heures de cours sur Paris, travail perso des répertoires joués et un ou deux concerts sur Paris.
- des semaines de concerts loin de Paris, en France ou à l’étranger.
- des semaines en studio pour enregistrer des albums en Allemagne ou à Paris.
- des semaines qui mélangent tout ça (cool !)
- des semaines rien (dur-dur !), où j’en profite pour travailler sur mes projets perso, ma basse, ou des petites percussions comme le udu ou les kess-kess.

Quels sont les conseils que tu donnerais aux aspirants musiciens qui te lisent ?
Jouer, jouer et jouer encore ! Travailler lentement puis de plus en plus rapidement le rythme et les modes dans toutes les tonalités permet une réelle liberté dans beaucoup de musiques. Avoir des expériences avec des musiciens multiples. Ne pas brûler les étapes, si on ne passe pas un plan ou une ligne de basse lentement avec un max de groove sur un clic, ça ne sonnera jamais rapidement. Faire de son métronome ou de sa boîte à rythme son meilleur ami. Faire attention aux requins avides de jeunes musiciens talentueux qui usent des chants de sirènes pour mieux les exploiter.

Internet, crise du disque, prise de position
La crise du disque, l’individualisme forcé de ceux qui arrivent à vivre de la musique, le formatage des musiques, est-ce que tu penses que la pente est irréversible ou est-ce que tu entrevois des solutions ?
Internet à bon dos pour expliquer la crise du disque. Je pense plutôt que c’est le formatage qui détruit l’art. Les grandes maisons de disques ne jouent plus leur rôle, à savoir le développement d’artiste, tout est cloisonné entre les télés, les majors et les radios qui exploitent la musique comme on exploiterait des yoghourts. Heureusement, les vrais artistes poussés par la passion résistent, certains s’en sortent par la scène, les labels indépendants et internet. Il y a une crise aussi dans les clubs ou les petites salles où c’est de plus en plus dur de se faire payer correctement, trop de musiciens, parfois amateurs et malheureusement souvent pro acceptent des conditions misérables car de toute façon il y aura toujours quelqu’un d’autre pour prendre la place.

Dans le même genre de question penses-tu qu’Internet puisse être un facteur déclenchant, un contre-pouvoir, une contre-culture, bref une ouverture de plus pour le musicien ou crois-tu à l’inverse que la toile va nous isoler encore plus ?
Je suis persuadé qu’internet est un excellent média pour se faire connaître ou avoir une vitrine. La plupart des créateurs originaux ne passent pas à la télé. Je trouve remarquable qu’un maître comme Steve Coleman propose gratuitement en ligne la plupart de ses albums en expliquant que ça lui permet de faire écouter sa musique dans le monde entier et à des humains qui n’ont pas les moyens de s’acheter des disques. Quand j’étais ado, j’ai enregistré des centaines de K7, découvert des tas de groupes et de styles, et lorsque j’étais séduit, j’achetais les albums. Internet permet de faire ça à l’échelle planétaire, c’est fantastique.

Sans rentrer dans un haut débat philosophique, penses-tu que le musicien a son mot à dire face aux cris d’alarme que la planète émet un peu partout, réchauffement, conflit, course à la productivité ? Ou penses-tu au contraire que le musicien doit rester dans sa bulle et ne pas pratiquer le mélange des genres ?
Un musicien est avant tout un être humain qui a souvent une grande sensibilité. Tout le monde devrait être concerné par la pollution et le dérèglement climatique engendré par la main de certains hommes, qui ont toujours opté pour le profit immédiat plutôt que pour le développement durable et le respect de la planète et de ses habitants. Je comprends cependant les musiciens qui se réfugient dans leur art pour ne pas être confronté ou avoir à penser à certaines réalités douloureuses et quasi-irréversibles.

Bon Groove ! et n’oubliez pas : Rythm’s Love !

Merci Franck, merci Fanto :wink:
Modifié en dernier par Bruno Chaza le 08 déc. 2005, 21:24, modifié 1 fois.

madogs
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Message par madogs » 01 déc. 2005, 11:35

belle découverte !!!

merci beaucoup !!!!!!!!!!!!!!!!!!!
"le talent c'est d'avoir envie de faire quelque chose, tout le restant, c'est de la sueur." Brel

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Thomas
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Message par Thomas » 05 déc. 2005, 18:17

Sympa comme bassiste ! J'aime bien aussi le fait que ce soit directement lisible et que de nouvelles questions soient présentes.
:wink:

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