Christian Noguera

Bassistes, musiciens, luthiers ......
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Bruno Chaza
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Christian Noguera

Message par Bruno Chaza » 13 oct. 2005, 18:37

Bonjour à tous, on recommence notre série interview et entretien celui-ci est réalisé et concocté par l'ami Thomas qu'on ne présente plus sur le forum, merci Thomas. A l'honneur donc pour cette rentrée automnale le célèbre luthier Christian Noguera dans un entretien à dévorer sans modération, les commentaires sont comme d'habitude les bien venus. Merci Christian

1. Peux-tu te présenter et nous dire comment as-tu commencer ton activité ?
Bonjour,
J’ai 41 ans, vivant maritalement, père de deux enfants, je joue un peu de basse électrique.
Je n’ai pas de formation de lutherie, j’ai commencé par me fabriquer un instrument, les bassistes qui l’ont essayé, m’ont demandé d’en fabriquer d’autres, et voilà, j’en ai fait mon métier !

2. Comment travailles-tu actuellement ?
Je travaille seul, fabriquant une quarantaine d’instruments par an principalement destinés aux musiciens français.

3. Tu m’as appris que la fabrication d’une basse est toujours un compromis, pourquoi ? Que recherches-tu lorsque tu fabriques ou créé un nouvel instrument, en quoi prends-tu le plus de plaisir ?
La réponse est vaste, il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte pour la conception d’un instrument, je dirai que le plus important est d’obtenir un instrument dont le son est homogène sur toute la tessiture.
Je pense qu’il faut être à l’écoute des utilisateurs et de ce fait, je travaille souvent en collaboration avec les musiciens pour l’élaboration des modèles. Cela permet de mieux apprécier les besoins des musiciens et de faire de meilleurs choix.
En ce qui concerne le plaisir que me procure ce métier, je dirai que toutes les étapes sont intéressantes ; la conception et la recherche sont très stimulantes, la réalisation est captivante : partir de quelques planches et aboutir à un instrument ! (Plus la fabrication avance et plus il me tarde d’entendre « sonner » l’instrument). Et pour finir, le sourire aux lèvres du musicien qui essai son instrument après quelques semaines d’attente est vraiment gratifiant.

5. Pourrais-tu répondre à ces quelques questions sur la lutherie pour nos amis du forum :
- En quoi les bois que tu utilises t’aident-ils dans cette quête du son?
Le choix des bois est important, ce sont eux qui vont propager et maintenir le son généré par les cordes. Ayant chacun leur fréquence de résonance, ils permettent d’élargir ou de fermer le spectre sonore ( bois de la touche), de renforcer ou d’estomper certaines fréquences médium ou bas médium (bois du corps et de la table ). Par exemple une touche érable a un spectre sonore plus large qu’une touche ébène, un corps en bois de faible densité comme l’aulne, le tilleul ou le swamp ash favoriseront des fréquences plus bas-médium que des bois de forte densité comme l’érable, le bubinga ou le frêne français qui eux favorisent plus les médium .
Mais je pense qu’il ne faut pas s’arrêter à cela, le son d’un instrument dépend de nombreux paramètres qui forment une alchimie.

- Comment te positionnes-tu par rapport aux manches traversants, collés et vissés, pourquoi ces 3 configurations existent ?
Un manche traversant et un manche vissé ne réagissent pas de la même manière.
Le manche traversant a un temps de réponse plus lent que le manche vissé, il en résulte un son avec un peu moins d’attaque mais plus d’enveloppe (richesse en harmoniques). Actuellement, je fabrique plus de manches vissés, un peu plus aptes aux techniques modernes, mais je pense que les deux conceptions sont intéressantes.

-En quoi la place des micros influence le son d’une basse et quelle est la différence entre un simple et un double bobinage ?
Plus un micro est placé près du chevalet, plus il restituera un son aigu et plus il est placé prés du manche, plus il restituera un son grave.
Un micro simple bobinage a un son clair, précis et un spectre sonore étendu (aigu).
Un double bobinage a un son plus épais apportant plus de présence dans les graves mais moins d’aigu dû au déphasage entre les deux bobines.
Le câblage des doubles bobinages peut s’effectuer en série : fort niveau de sortie avec de l’attaque, ou en parallèle : moins de niveau, un son plus rond et chaleureux.

- Tu installes des fréttes 0 sur tes basses, à quoi servent-elles ?
Une frette zéro a la même utilité qu’un sillet, elle a l’avantage de donner la même intonation aux cordes « à vide » que frettées et d’avoir la hauteur de cordes optimale puisqu’elle est de la même hauteur que les autres frettes (ce qui n’est pas toujours le cas sur les instruments équipés d’un sillet). Cependant, ne maintenant pas les cordes latéralement, il faut impérativement que le guide cordes soit proche de la frette zéro et veiller au bon appui des cordes sur cette dernière (utilisation d’un rabat cordes).
Je pense que chaque type d’arrêt du diapason (frette zéro plus guide cordes, sillet dans la touche (jazz Bass ou sillet en bout de touche) a ses avantages et ses inconvénients et doit être utilisé en fonction de la conception et du style de l’instrument (vintage, moderne, tête à plat ou renversée…).

- Pourquoi mettre 2 barres de tension dans un manche ?

Je pense que la question n’est pas de mettre une barre ou plusieurs dans le manche, mais de réaliser un manche stable, ergonomique et réglable. Il faut donc s’adapter à la conception de l’instrument et au nombre de cordes. Personnellement, je n’insère généralement qu’une barre de tension (de ma conception) sur les 4, 5 et 6 cordes, deux au delà et j’utilise souvent des manches une pièce en érable. Il m’arrive d’insérer des renforts en carbone pour stabiliser le manche quand le mariage des bois est délicat. Mais, le principal demeure dans la qualité du bois utilisé (choix du sens de la fibre pour une meilleure résistance mécanique et qualité du séchage du bois).

6. Lors de mes précédentes visites, je me suis aussi aperçu que tu cherches constamment à repousser les limites de la basse traditionnelle, peux-tu nous parler en quelques mots des innovations qui en découlent et dont tu es l’auteur ?

Je ne revendique aucune innovation. J’essaie simplement d’apporter « mes » solutions aux différents problèmes rencontrer lors de la conception d’un instrument. Je pense qu’il faut perpétuellement se remettre en question pour faire évoluer les instruments. Ces derniers temps, j’ai pas mal travaillé l’électronique de mes instruments pour lutter contre la pollution électromagnétique omniprésente ce qui m’a amené à développer un système « hum cancelling » pour les simples bobinages et à concevoir un nouveau pré ampli.

7. Quels bassistes endorsses-tu ? En quoi une telle démarche est-elle bénéfique ?
Je travaille en collaboration avec des musiciens comme Etienne M’Bappé, Yves Carbone, Youssef Bouchou, Franck Nelson…notre relation est établie sur un échange dans le but de faire évoluer les instruments, ces musiciens testent les basses dans toutes les configurations et me fournissent les données nécessaires à l’évolution des instruments.
De ces collaborations sont nés les modèles Y.C, Yves Carbonne signature et Etienne M’Bappé signature.

8. Qui souhaiterais-tu endorsser aujourd’hui à par moi bien sûr ?
Il y a beaucoup d’excellents bassistes avec qui j’aimerais collaborer.

9. Face à une production asiatique de moins en moins cher et dont la qualité ne cesse de croître, qu’aurais-tu à dire aux bassistes qui veulent s’acheter un instrument de nos jours ?
Je pense que l’avantage d’un luthier est de pouvoir fabriquer un instrument personnalisé répondant aux exigences du musicien, d’avoir une relation humaine : être à l’écoute et au service du musicien avant, pendant et après la réalisation d’un instrument.

10. Qu’aurais-tu à dire à celles et ceux qui voudraient devenir luthier aujourd’hui ?
C’est un magnifique métier !

11. As-tu des choses à ajouter ou un message à faire passer ?
Je remercie tous les bassistes qui jouent de mes instruments pour leur intérêt et leur confiance. « J’espère vous apporter du plaisir à jouer ».
Merci à toi, Thomas, pour cet entretien.

Merci à toi Christian du temps que tu nous a consacré, d’autant plus que je sais que tu ne t’ennuies pas en ce moment…
Je te souhaite ainsi qu’à ta charmante famille « Tout le bonheur du monde » comme dit la chanson, continue de nous faire rêver avec tes merveilleuses basses (parole de Nogueriste).
Vous pouvez admirer les instruments que réalise Christian Noguera en visitant le site

http://www.noguera-basses.com/
Modifié en dernier par Bruno Chaza le 19 juil. 2007, 11:29, modifié 3 fois.

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Message par madogs » 17 oct. 2005, 11:23

très intéressant, merci Thomas !
"le talent c'est d'avoir envie de faire quelque chose, tout le restant, c'est de la sueur." Brel

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Message par fanto » 17 oct. 2005, 18:03

Comme quoi la passion peu mener loiiinnnn !!! :o)

Superbe !!
La meilleure spontanéité est celle qui est mûrement réfléchie...

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Message par xumun » 17 oct. 2005, 21:15

interview très interessante :wink:
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Message par Michael M » 18 oct. 2005, 08:37

C'est "beau" à lire...

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Bruno Chaza
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Message par Bruno Chaza » 26 oct. 2005, 22:24

J'ai eu la chance cet après midi de voir de visu les basses de Christian Noguera, elles sont d'un autre monde, vraiment magnifique, j'avais déjà eu un avant gout ( en voyant régulièrement les basses Noguera de Thomas ) mais le look de toutes ces basses en fin de fabrication ou en devenir en vrai là de visu j'en suis scotché !!!! c'est un boulot superbe !!!
Pour ceux qui hésiterait encore à chosir un luthier, n'hésitez plus y'a pas photo, vous avez là de l'excellent, de plus la personne est à l'image des basses qu'il conçoit donc sans en rajouter des tonnes pour la prose je dirai tout simplement indispensable j'ai vraiment apprécié !! En tous les cas merci beaucoup Thomas pour cette rencontre car j'ai passé une excellente journée .......

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C. Noguera

Message par Thomas » 27 oct. 2005, 23:02

Ce fut un plaisir Bruno ! C'est vrai que chez Christian tout colle, le personnage, l'état d'esprit dans lequel il conçoit ces basses, les basse elles-même !
Evidemment que d'autres luthiers doivent faire d'aussi bons instruments mais la démarche d'aller chez un luthier est particulière car il faut que le courant passe, qu'il soit aussi pédagogue dans sa manière de t'aiguiller pour le choix du modèle de basse et des ingrédients qui vont la composer.
Donc c'est aussi un coup de coeur !
Personnellement, lorsque quelqu'un est à la fois humble et compétent, c'est à la fois agréable car tu prends le temps de bien définir les caractéristiques de la basse de tes rêves et rassurant car tu sais que tu peux compter sur lui même aprés l'avoir payé, c'est du Garantie à Vie.
Donc, je vous encourage à faire un tours sur son site et si ces basses ne vous plaisent pas à faire travailler de telles personnes car c'est aussi une vocation d'être luthier dans leur cas.
Merci à vous aussi pour tous vos encouragements par rapport à son interview. :w3r:

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Re: Christian Noguera

Message par Bruno Chaza » 15 janv. 2018, 09:30

Sujet et Interview remis en ligne !

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