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Chiffrage d'accords

Publié : 13 nov. 2004, 10:59
par Lionel
Dans le sujet "Lire ou pas", lancé par Laurent, j'évoquais le chiffrage d'accords (Am7, E6, C7#5, etc.) parmi les systèmes de codification de la musique. Je précisais que j'avais pu largement l'assimiler en quelques années alors que la lecture de la musique m'avait toujours donné du mal. Bien sûr, ces deux systèmes ne sont pas vraiment de même portée ( ;)), on peut représenter beaucoup plus de choses –- et notamment des lignes mélodiques ou de basse -- avec la notation musicale classique.

Mais, mais, mais, tout de même, une mise en perspective de ces deux systèmes n’est pas inintéressante. J’écrivais que dans l'exploitation d'une notation musicale, il y a 2 phases, le déchiffrage et l'exécution. Sur un piano, ce qu'on repère et mémorise le plus naturellement, ce sont les noms des notes ; non seulement le clavier est une série linéaire de notes, mais il y a une disposition spatiale particulière des touches qui mène spontanément à ce décodage-là. Il est donc efficace de faire porter le déchiffrage de la notation sur le nom des notes à jouer.

Sur une guitare ou sur une basse, ce qu'on repère et mémorise le plus naturellement, ce sont les intervalles, pas les noms des notes. Parce qu’il y a plusieurs "séries" de notes (des cordes) elles-mêmes séparées d’un intervalle donné, et parce que les repères (incrustations de nacre) marquent des intervalles et non des notes comme les touches noires ou blanches du piano. Au bout de relativement peu de temps, je sais que si j’ai un doigt sur une corde et sur une case, j’ai la quarte de cette note à la même case sur la corde d’en dessous, que si je descend encore d'une corde, c'est la septième, que l'octave est deux cases plus loin, etc. (j'oublie exprès cette foutue corde de SI de la guitare pour m'en tenir au cas général ! :shock: ).

Le système de notation musicale classique est donc moins favorable à l'exécution sur ces instruments que sur le piano (bon, je sais, on peut dire ça de quasiment tous les autres instruments, ce qui n’a pas empêché des générations de violonistes d’apprendre à lire et à exécuter la musique, mais l’explication reste tout de même juste et peut présenter un intérêt pour ceux qui ne font pas plusieurs heures de musique par jour).

En revanche, les accords chiffrés représentent principalement, à l’exception du premier caractère (note tonale de l’accord), des intervalles, une notion comme on l’a vu plus naturelle pour l’exécution sur un manche. [A noter : il existe une version du chiffrage d’accord où même les premiers caractères du code expriment un intervalle, ex. IIm7, mais elle n’est usitée qu’en pédagogie]

Encore avec moi ? Cool, parce que je vais prendre un petit virage, là :

Sur une guitare, il faut tout de même mémoriser des positions d’accord correspondant à chaque chiffrage, l’exécution n’est pas aussi directe que je peux l’avoir laissé entendre ci-dessus. Néanmoins, le guitariste exploite les informations d’intervalle ou de degré relatif véhiculées par le chiffrage. Notamment lors d'enchaînement d'accords ne variant que d'une note (exemple : Cm7M, Cm7, Cm6, où l’on comprend rapidement que c’est un seul doigt qui doit descendre d’une case à chaque fois).

Toutefois, comme on est chez un bassiste et qu’il y a d’autres bassistes dans le coin, c’est en pensant surtout à eux/nous que j’ai voulu aborder ce sujet. J’ai joué un rôle de bassiste de 1970 à 1978, bassiste rock, pop, blues, R'n'B, jazz rock, et pour moi c'était pratiquement tout à la feuille, je ne lisais pas et je n'avais que des rudiments de chiffrage d'accords... ce qui ne me gênait en rien, comme bon nombre d'homologues.

Après des années qui m’ont vu passer à la guitare comme instrument principal et m’enfiler des standards de jazz, la quasi-intégralité des accords chiffrés et de plus en plus de positions d’accords, j’ai pu toucher du doigt -- quand j'ai repris un peu la basse -- l’intérêt des accords chiffrés pour le jeu de basse, que connaissent bien tous les bassistes de jazz.

Le chiffrage indique directement les qualités de note qui caractérisent l’accord, par exemple G7#5 nous dit tout de suite que nous sommes sur un accord de Sol dont (par défaut) la tierce est majeure, la septième est mineure et la quinte est augmentée. Sur ma basse, je sais par cœur où est le Sol, au moins sur les deux premières cordes, et à partir de là, je sais où est la tierce (une corde en dessous, une case avant, ou une corde au-dessus, 3 case avant), la septième (2 cases en dessous, ou 2 cordes en dessous, 2 cases avant) et la quinte majeure (1 corde en dessous, 1 case après ou... ). Je ne vais peut-être pas trop appuyer sur la tierce, la guitare ou le piano se chargeant normalement de bien faire entendre qu’on est en mode majeur, mais entre la 7e, la 5te augmentée, la note de base et l'octave, j’ai de quoi m’occuper sur ma basse, en contribuant bien à faire entendre la qualité harmonique en cours pendant au moins une mesure ou deux.

Bref, les accords chiffrés fournissent au bassiste des indications précieuses et immédiatement exploitables sur les degrés qu’il peut utiliser à une mesure donnée, en arpège (1-3-5-7 dans l'ordre) ou dans le "désordre" et le rythme quelconque souhaité.

S’il y a besoin de précisions sur des points que j’ai soulevés ici, je serai ravi d’essayer d’en fournir. Les remarques sur des erreurs éventuelles sont également bienvenues, ainsi évidemment que d'autres réflexions sur le chiffrage d'accords !

chiffrage d'accords

Publié : 14 nov. 2004, 23:15
par Bruno Chaza
:) hé ben Lionel, quand tu fais un post tu ne fais pas semblant , tu as tout synthétisé le seul éclairage que je me permettrais de faire est celui concernant la position des cordes...je vais m'expliquer....
Lorsque tu parles de cordes en dessous c'est géographique, les cordes en dessous sont dans ce cas les cordes qui vont vers le sol ( the floor ) ainsi la corde de Sol ( string ) :wink: est la plus éloignée des yeux et à contrario le gros Mi est la plus près des yeux....je parle bien entendu pour les droitiers car si il ya des gauchers dans le forum avec la chanterelle en haut ce post n'est pas pour eux, car sinon ca risque d'embrouiller sévère....
Voilà si je donne cette précision c'est que les gens qui débutent font souvent un sac de noeud avec ces histoires ....car il y deux écoles....
En effet quand tu parles de cordes en dessous, il y à aussi l 'école de ceux qui pensent corde plus grave....idem quand tu dis monter en parlant du manche ( moi je fais référence au son donc monter son manche sera en allant vers les micros ) ex le Mi septième case corde de La sera pris en montant son manche et le Mi deuxième case corde de Ré sera pris en descendant son manche ( mouvement inverse donc vers les mécaniques).
Bon aucune école est fausse il faut juste préciser
Perso j'ai pris pour habitude de prendre en référence le son, plus c'est grave plus ca descend ( donc une corde en dessous serait une corde plus grave ) et plus c'est aigu plus ça monte ( et donc une corde au dessus serait une corde plus aigue ) ...comme dans ton post tu es dans une logique inverse ( et qui n'est pas fausse ) je préfère le préciser ......pour que tout le monde s'y retrouve.

Sinon donc en préparation comme pour les intervalles une série de questions, on commencera par les triades, qui c'est ce qu'est une triade ?????? une définition.......

la lecture!!!

Publié : 14 nov. 2004, 23:44
par doll
:D alors, au départ je me suis dirigé comme lionnel, tout pareil et je dois dire qu' avec le temps, je me dirigerais + tôt vers bruno(dans l'explication du haut et du bas)mais aprés le bricolage des accords je me suis intéressé à la lecture(partoche)un peu et surtout à cause du jazz et ma conclusion serait : qu'il est bien utile de lire, mais ,parce que les partoches en clée de Fa ne courent pas les rues,la lecture des accords ça marche trés bien.(il faut dire que de temps en temps il y a aussi des fautes et lire bêtement .............)
eric

Publié : 17 nov. 2004, 00:07
par Lionel
Hé hé, merci de ton appréciation, Bruno ; il est vrai que comme tu l'as peut-être déjà remarqué, j'arrive rarement à faire court ! :) ...et que j'ai la fibre un peu pédagogique moi aussi.

Sur l'autre point, oui, en me relisant après coup, je me suis rendu compte de cette ambiguïté "corde en dessous / corde au dessus", mais kestuveu faire, c'est une ambiguïté qui existera toujours, comme tu le dis. Moi aussi, avec le temps, je me suis (un peu) fait à "l'école" dont tu parles, c'est-à-dire parler de hauteur musicale et non de hauteur spatiale, mais il suffit d'un moment d'inattention, la preuve, pour qu'on revienne au spatial.

Dans cette série, en passant, ce qui heurte peut-être le plus le sens commun, c'est "en haut du manche" / "en bas du manche" ! :shock:

Concernant la comparaison notation classique/accords chiffrés, ce que tu dis, Eric, est intéressant : ça met l'accent sur la complémentarité. Quand tu lis, tu as tendance à "faire ce qu'on te dit", même s'il y a une coquille, alors que quand tu lis les accords chiffrés, il y a moins d'infos, tu as plus le temps de conceptualiser ce qui se passe sur le plan harmonique.

Accords suite

Publié : 27 nov. 2004, 23:26
par Bruno Chaza
Salut Lionel une question par curiosité ....quand tu parles d'accords tu t'en sers pour le développement de ton jeu, ex si tu fais une grille de Jazz tu analyse les accords et tu t'en sers pour faire tes walkings, ou est ce que tu te sers de l'accord en lui même comme un guitariste peut le faire et donc jouer la grille comme si tu étais guitariste rythmique ....
Si je te pose cette question, c'est que les autres musiciens ont tellement l'habitude d'entendre la basse, comme l'instrument qui pose les fondamentales que peut de bassistes font le chemin de jouer en accord, cette question s'adresse aussi à tous les gens qui jouent, bref est ce que vous faites du jeu en accords un oubli, un substitut, un terrain d'expérimentation ou un leitmotiv ????

Publié : 28 nov. 2004, 18:08
par Lionel
Bruno : Salut Lionel une question par curiosité

Bon, la question et la réponse sont un peu théoriques, parce que je joue peu de basse ces années-ci, et de plus, dans les peut-être 15% de mon temps musical que je passe à la basse, il y a une minorité de fois où c'est avec une grille sous les yeux. Le plus souvent, soit c'est sur mon home studio à trouver une ligne de basse pour un thème à la gratte ou à juste jouer des lignes de basse plutôt funky, soit c'est avec des potes de mon âge à jouer plutôt du R'n'B, des Beatles, des Stones, etc.

quand tu parles d'accords tu t'en sers pour le développement de ton jeu, ex si tu fais une grille de Jazz tu analyse les accords et tu t'en sers pour faire tes walkings, ou est ce que tu te sers de l'accord en lui même comme un guitariste peut le faire et donc jouer la grille comme si tu étais guitariste rythmique

Donc... je ne joue pas assez souvent de la basse avec une grille pour que ta première hypothèse soit juste, c'est la seconde qui est juste.

A la guitare, notamment dans le cadre de mon Atelier Jazz, je pratique l'analyse d'accords (mais certainement pas assez !) pour déterminer les gammes/modes dans lesquels on peut jouer à telle ou telle mesure. Et il me faut quelques minutes avant un morceau pour refaire ça à chaque fois ou me le remettre en mémoire (je suis assez désordonné).

A la basse, quand j'ai une grille, je ne fais pas ce travail. Je m'appuie sur l'arpège de chaque accord.

Si je te pose cette question, c'est que les autres musiciens ont tellement l'habitude d'entendre la basse, comme l'instrument qui pose les fondamentales que peut de bassistes font le chemin de jouer en accord, cette question s'adresse aussi à tous les gens qui jouent, bref est ce que vous faites du jeu en accords un oubli, un substitut, un terrain d'expérimentation ou un leitmotiv

Donc moi, c'est plutôt par oubli et substitut, si je te comprends bien, surtout parce que j'en joue relativement peu. Mais ta suggestion me paraît fort intéressante. Personnellement, en composition, j'aime faire marcher un instrument sur les plates-bandes d'un autre -- la voix à l'unisson d'un riff de guitare, le piano qui copie une suite d'accords de guitare, la basse qui croise avec l'instrument qui fait la mélodie, etc. -- et ton invitation aux bassistes à copier les guitaristes dans la démarche de l'analyse harmonique préparant le jeu sur les gammes et leurs modes me semble de bon aloi.