Pour le Bureau national
La Délégation générale du Syndicat Français des artistes interprètes (SFA)
Paris, le 30.05.06
ANNECY : POUR LA POLICE , TOUT ARTISTE INTERPRETE EST UN CRIMINEL EN PUISSANCE
Alors que les professionnels du spectacle restent dans une grande incertitude quant au devenir de leur régime spécifique d’assurance chômage et que le protocole de 2003 continue à exclure par centaines les professionnels ; des Artistes interprètes de la région de Haute Savoie ont été convoqués par les forces de police dans le cadre d’une enquête visant une association de production de spectacles soupçonnée de fraude aux ASSEDIC.
Ces Artistes, qui répondaient à une simple convocation comme témoins, se sont vus notifier sur place leur mise en garde à vue immédiate. Celle-ci s’est déroulée dans des conditions particulièrement scandaleuses, ces artistes ayant été assimilés par les policiers, complètement ignorant des textes réglementaires relatif aux ASSEDIC, à des représentants du grand banditisme ( fouille au corps, perquisition au domicile sous contrainte…)
Ce n’est pas aux salariés du spectacle vivant et de l’audiovisuel de faire les frais des carences des pouvoirs publics à tous les niveaux. Cette criminalisation de professionnels reconnus, au moment ou le gouvernement souhaite donner un agrément à un protocole d’assurance chômage qui, par-delà tous ses effets néfastes, ne permet pas de déclarer correctement toutes les heures de travail accomplies. ( Refus d’appliquer l’accord n° 1 concernant le cumul des heures de spectacle et des heures de régime général ), est profondément inadmissible.
Le combat des abus et de l’assainissement des modes de gestion dans nos secteurs d’activités sont nécessaires. La responsabilité des vrais employeurs et des donneurs d’ordre l’est autant.
La SFA condamne avec la plus grande fermeté les agissements des forces de police à l’encontre de ces artistes. Nous réaffirmons que les disfonctionnements économiques et sociaux constatés dans les secteurs du spectacles vivant et de l’audiovisuel ne peuvent être traités en ignorant les réalités de l’emploi et par le biais de la répression de ceux qui veulent vivre de leur métier en contribuant à la richesse de l’offre culturelle dont tous nos élus, et notamment ceux des collectivités locales, s’enorgueillent à juste titre et en tirent profit.
Catherine Le Roy
Coordination administrative de la délégation générale
Syndicat français des artistes-interprètes (SFA)
21 bis, rue Victor Massé
75009 Paris- France
Tel : 01 53 25 09 03
c.le_roy@sfa-cgt.fr
www.sfa-cgt.fr
Voici le témoignage d’une intermittente convoquée par le commissariat d’Annecy et mise en garde à vue.
Suite à une convocation sur mon portable au commissariat d’Annecy, et sans aucune explication concernant le motif de cette convocation, je me rends à 9h le matin au commissariat d’Annecy. Je n’avais pas la moindre idée de ce qui m’attendait : Là, on me dit que je suis en garde à vue jusqu’au soir, si tout va bien, que j’ai le droit de voir un avocat, et de prévenir une personne de mon choix. Je sens s’écrouler un cube de verre imaginaire tout autour de moi et dans ce fracas de verre brisé tous mes sens en éveil, je commence à me sentir coupable, mais de quoi ?!
On me demande de retirer mes lacets, et tout le cinéma (essayez donc d’aller aux toilettes avec le flic qui garde la porte ouverte), photos face profil avec l’ardoise noire, empreintes digitales, pas le droit de passer un coup de fil par toi même ni de répondre à un appel, etc.) On m’assène le coup sous les termes suivant : "escroquerie aux Assedic" On me récite mes droits, je saisis l’occasion de l’avocat commis d’office pour avoir une heure de répit et avoir en face de moi quelqu’un qui n’est pas un ennemi, c’est une petite pause salutaire. Mais le pauvre n’est au courant de rien, n’a pas accès au dossier et ne peut que me réciter des banalités ; ça fait tout de même du bien de parler à un être humain.
On commence par me nier le droit de me prétendre artiste, on me parle d’émissions de télé, un autre flic arrive et décrit en rigolant la dernière émission de la nouvelle star, "eux ont du talent ces petits jeunes".
Ma substance vitale est en train de me quitter. Et peu à peu j’apprends que les Assedic ont déposé une plainte contre l’association A. avec qui j’ai travaillé pendant trois ou quatre années comme relais pour mes heures, cachets et interventions artistiques.
On me demande de signer une autorisation de perquisition alors que mon domicile en Haute Savoie est celui de mon compagnon et que le mien est dans les Alpes de Haute Provence, et sur mon refus, on me menace de prolonger la garde à vue, de me mettre "en bas" comme ils disent, avec coups de poings sur la table, haussement de ton, et pressions psychologiques. Je finis par signer pour avoir la paix, puis je demande à me rétracter et là : re-menaces et haussement de ton. « Si vous collaborez on en tiendra compte etc. »
Je finis par accepter la perquisition chez B. alors que mon adresse officielle est à Reillanne (Alpes de Haute Provence) On me questionne sur des faits remontant à 5 ans en arrière, qu’avez-vous fait en 2001, 2002 ?
Je m’embrouille dans les dates, je n’aime pas le passé, je suis toujours tournée vers l’avenir et je n’ai pas la mémoire des dates. "Nous aussi on a des problèmes de mémoire, on en a tous" me dit le collègue du flic. On m’annonce qu’on a les moyens de me faire avouer et que l’on verra tout à l’heure... je me sens prise dans un piège... j’ai l’impression que je ne vais pas survivre à cela, ma tête me fait mal, j’ai l’estomac qui fait n’importe quoi. Je vois mes parents mourir de chagrin, ma maison saisie, mon couple démoli etc, etc.
Arrive l’heure de midi, on m’apporte le "plat Sarkozy", qui me donne envie de gerber, l’odeur est à l’image du reste. La femme flic a peur que je fasse un malaise et me force à manger... j’avale trois petits pois... j’ai envie de vomir (fini les bons vieux sandwich de Maigret).
On perquisitionne au domicile de mon compagnon (50km). De retour au commissariat, après avoir saisi tous mes feuillets et mes documents professionnels, ainsi que ceux concernant ma compagnie artistique, on m’interroge pendant encore 6 heures non-stop sur ces documents, comment se passe l’enregistrement d’un disque, qu’est-ce qu’un concert, un spectacle, pourquoi telle facture ou telle pièce ? Des noms, qui est ce musicien, vous avez répété combien de temps, -"ah, 12 heures de travail, vous vous foutez de nous" etc.
On remonte depuis 2001, je ne me souviens de rien, je suis trop émue pour pouvoir me défendre ou me justifier. Je m’embrouille encore plus dans les dates. J’ai monté cette association loi 1901 pour pouvoir fonctionner sur des projets artistiques tels que comédies musicales, concerts, disques en souscription, etc. Je n’ai pas d’argent, jamais reçu aucune aide ni aucune subvention de personne, je bosse des heures et des jours et des nuits comme tout le monde pour mener à bien tout ça comme un grand nombre d’artistes dans mon cas, je n’arrive pas à mettre 3000 euros de côté pour changer ma voiture qui a 20 ans (brave vieille Nevada !), bref, la galère, mais le bonheur d’avoir choisi sa vie et de pouvoir construire des projets artistiques. Om m’explique que je vais devoir rembourser 47 000 euros (j’ignore d’où sort cette somme, car cela voudrait dire que j’aurais touché plus de 900 euros par mois des Assedic pendant 4 ans, ce qui est loin d’être le cas).
Vers 9h du soir (12 heures plus tard de destruction systématique), je signe la déposition qui fait six pages, je n’arrive pas à relire, j’aurais signé n’importe quoi pour qu’on me laisse partir. Je sens le sol se dérober sous mes pieds, mon avenir s’écrouler, j’ai envie de me foutre en l’air, je me sens humiliée et brisée. Finalement, après un interrogatoire éprouvant de 12 heures, on me laisse partir avec la tête en feu, une nausée violente et pas du tout littéraire. Non sans m’avoir demandé de faire la preuve de toute mon activité artistique depuis 2001 - « sans quoi je considérerais qu’il y a eu tricherie » !
Je suis restée sans voix pendant deux jours, pour une chanteuse c’est amusant et j’ai souhaité de tout mon coeur trouver un boulot au supermarché du coin, et ne plus entendre une seule note de musique de ma vie.
Deux jours après, je me relève et je me dis qu’il ne faut pas baisser les bras, ne pas leur donner raison, alors je repars sur le sentier de la guerre, sur ma clé de sol avec ma boule dans la gorge mais aussi l’envie de me battre et de ne pas en rester là.
Il y a beaucoup d’autres petits soldats de l’intermittence qui vont passer comme moi sur le grill et j’aimerais bien qu’ils se manifestent, pour que nous soyons plus forts ensemble pour nous défendre et garder la tête haute.
Voilà comment, ne parvenant pas à faire disparaître le statut des intermittents par les voies de la négociation, on tente de le faire par d’autres moyens.
des Artistes interprètes en garde à vue.
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Markbass Micromark
ouafch impressionnant ,ça tourne au cauchemar ,vais pete prendre un avocat moi ,avec les conn... d'employeurs(declaration mal remplie,non paiement des charges ,ect..) ,ça pourrait me pendre au nez ,d'ou l'interet d'etre nickel sur les petites structures autonomes ,et se mefier des assos qui te proposent de te declarer via un organisme tiers .(dieu que j'aime les casinos tout compte fait). 
- Mr.LeBelge
- Moderato
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d'après les différents témoingnages que j'ai pu lire en peu partout sur le net. Il devient de plus en plus difficile de vivre de la musique.
Souvent c'est l'Etat qui est mis en cause.
Y a-t-il selon vous d'autres raisons (j'ai besoin de votre expérience car je ne vis pas en France).
et surtout quelles sont les pistes à suivre pour défendre les intérêts des musiciens..donc de la musique...donc de la culture...donc de la démocratie (je sais ma démonstration est rapide mais vous êtes tous au clair, j'imagine.)
Souvent c'est l'Etat qui est mis en cause.
Y a-t-il selon vous d'autres raisons (j'ai besoin de votre expérience car je ne vis pas en France).
et surtout quelles sont les pistes à suivre pour défendre les intérêts des musiciens..donc de la musique...donc de la culture...donc de la démocratie (je sais ma démonstration est rapide mais vous êtes tous au clair, j'imagine.)
"le talent c'est d'avoir envie de faire quelque chose, tout le restant, c'est de la sueur." Brel
ouais autant que la politique d'imigration qui est actuellement conduite, désolé mais je ne peux pas m'empêcher de faire le paralèlle sur une politique générale de merde, de flicage et de morale...Mr.LeBelge a écrit :![]()
ça fait froid dans le dos ce bazar...
hier deux flics sont allés chercher deux gamins kurdes dans leur école pour les renvoyer chez eux avec leur mère...
ça me dégoutte...je suis révolté

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- binuche
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madogs a écrit :d'après les différents témoingnages que j'ai pu lire en peu partout sur le net. Il devient de plus en plus difficile de vivre de la musique.
Souvent c'est l'Etat qui est mis en cause.
Y a-t-il selon vous d'autres raisons (j'ai besoin de votre expérience car je ne vis pas en France).
Le fonctionnement actuel de la socièté. On vit côte à côte mais plus ensemble. Les média poubelles (télé stupide, radios débiles... qui ne sont plus que des support à la publicité omniprésente).
Dans la déclaration de cette jeune femme, le policier résume assez bien la moyenne nationnale :
"On commence par me nier le droit de me prétendre artiste, on me parle d’émissions de télé, un autre flic arrive et décrit en rigolant la dernière émission de la nouvelle star, "eux ont du talent ces petits jeunes".
Il n'y a presque plus que la culture spectacle ou pour être plus préçis culture de "divertissement" qui obtient le droit au respect. Si on est pas au minimum en photo quelque part et si possible à la télé, on existe pas. La nouvelle mode de la claque filmée par le portable est un bon indicateur de l'état des relations entre individus.
Moi j'ai de plus en plus de colère et de mépris envers tout ça. Avec l'àge ça ne se calme pas.
Il est clair qu'il faut se serrer les coudes de toute façon, ces évènements sont graves mais montrent aussi l'état de nervosité des pouvoirs publics face au refus des intermittents de se laisser faire.
@+
- fretless
- Nouveau bassiste-forumeur

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- Inscription : 16 mai 2006, 09:47
- Localisation : Chambery
Un problème supplémentaire : aucune organisation syndicale (et heureusement!) n'a signé le nouvel accord intermittents. C'est donc l'accord de 2003 qui continue à s'appliquer
. Malgré les propositions de la coordination des intermittents et l'accord de plus de 450 parlementaires, il semble donc que le dossier soit au point mort. C'est vrai que la culture ne pèse pas très lourd face au ministère du budget...
- "Le public a beaucoup aimé."
- "Il est bien le seul!" (Cocteau)
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