voici un article paru dans courrier interational cette semaine traitant d'un sujet fort intéressant. Vos réflexions et expériences seront les bienvenues.
C'est un peu long mais pas tant que ça finalement
France
Quand le jazz est, quand le jazz est las…
L’une après l’autre, les boîtes de jazz de la capitale ferment ou réduisent leur programmation. La crise, les problèmes de transport, mais surtout la fin d’une époque expliqueraient cette désaffection.
Dans les caves parisiennes enfumées, l’âge d’or du jazz n’est plus guère qu’un vague souvenir, à l’heure où les musiciens et les boîtes de jazz subissent de plein fouet les contrecoups de la crise économique. Deux grands rendez-vous du jazz parisien, le Slow et le Petit Opportun, ont d’ores et déjà mis la clé sous la porte et d’autres sont au bord de la fermeture, car les goûts du public évoluent, les amateurs de jazz sont de moins en moins nombreux et la fiscalité est si lourde qu’il revient désormais beaucoup trop cher de faire jouer les musiciens sur scène. Alors que les générations passées se pressaient dans l’atmosphère pittoresque des cafés et des caves de jazz de la capitale, les étudiants et la jeunesse parisienne cèdent désormais plus volontiers à la concurrence des spectacles de techno et de pop industrielle. L’effondrement du pouvoir d’achat des Français et les problèmes de transports nocturnes seraient également responsables de cette crise qui est sans doute la plus grave que le jazz parisien ait jamais connue.
Paris, qui se considère comme la “fille aînée du jazz”, s’est approprié ce genre musical introduit par les soldats américains de la Première Guerre mondiale, en particulier par le musicien noir James Reese Europe, qui, avec ses Hell Fighters, l’orchestre du 369e régiment d’infanterie, ensorcelait les foules. Pendant l’entre-deux-guerres, une communauté florissante de musiciens africains et américains s’est établie à l’ombre du Sacré-Cœur, à Montmartre. Sur les deux rives de la Seine, les spectacles de jazz du Tumulte noir faisaient fureur. C’était l’époque où triomphait la chanteuse et danseuse américaine Joséphine Baker avec la Revue nègre. L’époque où une véritable colonie d’écrivains et d’artistes américains, exilés à Paris et dominés par les figures de Francis Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway et Gertrude Stein, venait l’applaudir en connaisseurs. Le jazz a poursuivi son irrésistible ascension après la Seconde Guerre mondiale, et, de Billie Holiday et Miles Davis à Duke Ellington et Lionel Hampton, la plupart des géants d’outre-Atlantique venaient se produire dans les music-halls parisiens et les boîtes de la rive gauche. De grands musiciens européens, notamment Stéphane Grappelli et Django Reinhardt, se sont également imposés dans le milieu du jazz. Aujourd’hui, les jazzmen constatent avec amertume que la capitale est en train de “perdre son tempo”. Les temps sont désormais plus durs pour les musiciens, qui, jadis habitués à des engagements réguliers, se sont résignés à des périodes de chômage de plus en plus longues. “Les vieux musiciens se retrouvent dans une rue de Pigalle, où ils attendent qu’on vienne les chercher pour un cachet”, explique Rémi Toulon, le talentueux jeune pianiste du groupe Take 3. “Avec un peu de chance, ils voient débarquer un chef de groupe qui a besoin d’un trompettiste ou d’un saxophoniste. Avant, ils avaient du travail tous les soirs. Maintenant, c’est plus dur. Il y a moins de clubs et davantage de bons musiciens.”
Selon Maria Rodriguez, la propriétaire du Baiser salé, la fin des années fastes est relativement récente. “Avec tous les problèmes qu’il y a en France, on comprend les raisons de ce déclin, dit-elle. Dans les années 1970 et 1980, les gens sortaient tout le temps, pour aller écouter pratiquement n’importe quels musiciens, boire un verre et s’amuser. Maintenant, ils vont passer une soirée dans une boîte de jazz comme s’ils allaient au concert. L’ambiance a totalement changé. Les gens ont des rythmes de travail plus réguliers et ils boivent moins. Ici, je me débrouille encore, et je suis assez confiante dans l’avenir, mais je travaille très dur pour tenir.”
Colin Randall
The Daily Telegraph ( Londres )




